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Paru dans "Le Nouvel Observateur" en 1996

 

 

Crise de 2008 : La classe dirigeante occidentale en général et américaine en particulier serait-elle coupable de crime ? Le rapport du Sénat US sur le krach de Wall Street ne semble pas en douter.

Le sous-comité permanent sur les enquêtes du Sénat américain a rendu public un rapport sur le krach de Wall Street de 2008. Il montre combien la fraude et la criminalité sont répandues au sein de tout le système financier et met en avant les relations ambigües avec le gouvernement.
Le rapport de 650 pages fait suite à une enquête de deux ans. Il intègre 150 dépositions, des courriels et des documents internes de grandes banques, d'agences de notation et d'organismes de réglementation gouvernementaux.
Le rapport « Wall Street et la crise financière : Analyse d'un effondrement financier », prouve que le krach financier et les difficultés économiques générées étaient le résultat de fraude et d'escroqueries systématiques de la part des banques et de leurs sous-traitants. Ils agissaient avec la complicité des sociétés de notation, de ses organismes de réglementation des banques et enfin du gouvernement. »
La conclusion est : « L'enquête a découvert que la crise n'était pas un désastre naturel, mais le résultat de produits financiers complexe, à hauts risques ; de conflits d'intérêts maintenus secrets ; et du fait que les organismes de contrôle, les agences de notation et le marché lui-même n'aient pas freiné les débordements de Wall Street. »
Le Sénateur Carl Levin (Michigan), président du sous-comité qui a dirigé cette étude, a été explicite. « En se basant sur des courriels, des notes de service et d'autres documents internes, ce rapport montre les dessous d'un assaut économique qui a fait perdre à des millions d'Américains leur emploi et leur maison, et qui a ruiné des investisseurs, des entreprises et des marchés de qualité. Des prêts à haut risque, le manque de supervision, des notations financières gonflées et des firmes de Wall Street impliquées dans d'immenses conflits d'intérêts ont contaminé le système financier des États-Unis avec des hypothèques toxiques et ont miné la confiance du public dans les marchés américains. »
« En utilisant les mots mêmes que l’on trouve dans les documents que le sous-comité avaient exigés pour son enquête, le rapport montre comment des sociétés financières ont délibérément profité de leurs clients et investisseurs, comment des agences de notation ont donné la cote AAA à de titres à haut risque, et comment les organismes de contrôle n'ont rien fait plutôt que de mettre un frein aux pratiques risquées et douteuses partout autour d'eux. Des conflits d'intérêts endémiques sont au cœur de cette sordide histoire. »
Au New York Times Carl Levin a affirmé que l'enquête avait établi qu’il existait « un désordre financier où régnaient la cupidité, les conflits d'intérêts et les méfaits. Hors de tout doute, ces institutions ont trompé leurs clients et trompé le public, et les organismes de contrôle et les agences de notation, qui étaient en situation de conflit d'intérêts, en sont complices. »
Le document met en avant le rôle des agences de notation Moody's et Standard & Poor's qui ont attribué des cotes de crédit supérieures à des titres complexes liés subprimes et à d'autres prêts hypothécaires toxiques. Les banques ont pu faire des milliards de dollars de gains. Les agences de notation de leur coté ont engrangé des bénéfices colossaux pour leurs services. Après avoir aidé à la gestion certains états elles les mettent en difficulté par des notations pour le moins suspectes.
Extrait du rapport : « Les agences de notation ont été payées par les entreprises de Wall Street qui ont demandé leur cotation et ont profité des produits financiers cotés... Les agences de notation ont assoupli leurs normes alors que chacune faisait compétition pour fournir la cote la plus favorable pour gagner une plus grande part des entreprises et du marché. Le résultat a été une course vers le bas ».
Concernant la fraude sur le marché immobilier américain, le rapport souligne le rôle central des grandes banques de Wall Street qui ont profité de la fraude : « Les banques d'investissement ont été la force motrice derrière les produits de financement structurés qui ont fourni un flux régulier de financement aux bailleurs de fonds se développant en des prêts à haut risque et de mauvaise qualité et qui augmentaient le risque dans tout le système financier américain. Les banques d'investissement qui ont fabriqué, vendu et échangé des prêts hypothécaires liés à des produits financiers structurés, et qui en ont profité, ont été une cause majeure de la crise financière ».
Le constat fait par le rapport met en avant la collusion dans cette action criminelle entre les établissements financiers et les services gouvernementaux qui ont allègrement et systématiquement pillé l'économie afin de continuer à capter des sommes énormes. Cela a eu pour résultat des drames sociaux pour des dizaines de millions de personnes aux États-Unis, non seulement mais aussi dans le monde entier. La conséquence de ce crime hors du commun est que les banquiers et les spéculateurs sont plus puissants et ont captés plus d’argent que jamais.
Comme l’a indiqué le New York Times, pas un seul responsable de ces compagnies d’assurances ou les autres criminels de Wall Street n’a été ou ne seront vraisemblablement inquiété et encore moins mis en prison. L’article relève que depuis les années 80 (800 responsables des banques avaient été emprisonnés) les poursuites contre les agissements criminels du monde de la finance ont diminué de manière très importante pour être aujourd’hui quasiment au niveau de zéro !
Ces individus sont protégés parce qu’ils exercent tous une immense influence sur l’ensemble des rouages importants de la société. Ils permettent ainsi le démantèlement des services publics essentiels afin de payer pour les dettes engendrées par le transfert de trillions de dollars en fonds publics vers les banques.
Depuis 40 ans l’élite financière a été obsédée par la captation des flux financiers dans des proportions démentielles. Ces agissements n’ont plus aucun rapport avec la production industrielle. Pour l’essentiel cette dernière a été transférée par vagues successives dans une succession de pays à main d’œuvre exploitée dans des conditions souvent indignes. Ces pratiques ont engendré un écart toujours plus grand entre les plus haut revenus et les plus bas. Il est maintenant acquis que plus cet écart est grand, plus le pays concerné s’appauvrit. Cela a pour conséquence l’augmentation continue des populations contrainte de vivre dans les bidonvilles ou périphéries pauvres des grandes villes, avec le potentiel de problèmes graves que nos responsables font mine d’ignorer le plus souvent. Une bonne raison de ne pas utiliser le terme « Crise » pour parler de ces événements. « La Conséquence » le mot adapté et toujours d’actualité pour le prochain épisode qui ne manquera pas d’arriver si nous faisons rien.

 

 

 

 

 

 

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